Archive for May, 2009

Les chats persans : Indi-rock à Téhéran (Kasi az gorbehaye irani khabar nadareh, de Bahman Ghobadi)

Sunday, May 31st, 2009
Les Chats Persans

Les Chats Persans

La scène musicale underground est toujours très dure, mais si en plus vous êtes dans l’Iran de nos jours, où le Corain est loi et il règle tout aspect de votre vie, y compris la musique, ça devient un vrai cauchemar.

Heureusement que les jeunes protagonistes de ce film y ont fait l’habitude, et prennent les choses avec un humour persan et un bon sens de l’autodérision. Au final, il faut juste savoir comment s’en sortir : au marché noir on peut bien acheter des passeports ou des visas. Le prix est mis à jour en fonction des guerres en cours et du prix du pétrole. C’est vrai qu’un passeport Iranien c’est assez chier, qu’un passeport américain vaux coutera une fortune, surtout si vous voulez aussi la « green card » qui va avec, mais enfin pour un passeport afghan vous vous en sortirez avec très peu de sou.

Si on connait un cousin au ministère islamique on peut même avoir une autorisation pour jouer. Il faut accepter quelque compromis bien sûr, et savoir qu’une femme qui chante ne passera jamais, mais avec un groupe de trois choristes vous aurez beaucoup plus de chances.

Mieux peut être d’abandonner les textes détriments que vous avez écrit pendant votre dernier séjour en prison, où vous avez passé quelque moi à cause du concert clandestin auquel vous avez participé. Sinon des amis peuvent vous empêtrer une grande salle souterraine insonorisée : ça suffira d’entrer à petit groupes pour que les voisins n’appellent pas la police.

Le son des sirènes, bruitage neutre, voir rassurant, dans le cinéma américain, devient ici le rappel constant d’un état de menace, le risque d’être arrêté pour pas grand-chose si la milice islamique veut vous faire chier. Et il faut vraiment pas grand-chose pour qu’elle puisse vous faire chier, par exemple si vous vous baladez avec un petit chien « impur ».

Si vous êtes arrêtés pour possession de mille-huit-cent films piratés et une bouteille d’alcool, ce n’est pas la Hadopi en Iran, c’est quinze coups de fouet et plusieurs millions d’amende, pas pour le piratage mais pour l’impureté des films occidentaux. Par contre, si vous pleurez, suppliez, demandez pardon, avec vos meilleures larmes de crocodile, jurez sur le Coran, ah non, vaux mieux sur la tête de votre mère, que vous êtes un bon musulman, alors vous pourrez vous en sortir avec une petite amende.

Voilà comment la démarche de faire de l’indi-rock à Téhéran devient une vraie aventure, mais si vous pensez qu’il n’y a pas de musique indépendante en Iran vous vous trompez : ça suffit de consulter les statistiques de la censure et les listes de demandes d’autorisation refusés pour s’en rendre compte.

La tentative de monter un groupe, enregistrer un album et organiser un premier/dernier concert avant d’expatrier pour le bon, nous donne l’occasion de rencontrer plusieurs musiciens de Téhéran et de voir les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien : les métallos qui jouent parmi les vaches d’une ferme, les post-rockers qui doivent attendre que le voisin parte pour répéter, le rappeur qui explique qu’il doit rester au coeur de ce pays islamique pour qu’il puisse chanter la haine et la désespérassions de ces concitoyens… d’autres ont nettoyé leurs textes de tout message politique en espérant avoir enfin une « autorisation ».

Bien photographié, cette odyssée dans la Téhéran underground mérite bien une vision. Même si quand la musique commence on assiste à des petites scènes de montage d’une qualité très moyenne, on aura néanmoins l’occasion d’y apercevoir une multitude d’images de la ville et ses habitants.

Voyez comment c’est difficile de faire de la musique en Iran, et imaginez alors ce qu’a dû être le tournage de ce film : il faut bien les encourager enfin !

Voilà le myspace du groupe indi-rock des deux jeunes protagonistes Take it easy hospital (enfin ils ont émigré à Londre):

http://www.myspace.com/takeiteasyhospital


Envie d’un ciné – grec ? (Kynodontas / Canine / Dogtooth, de Yorgos Lanthimos)

Saturday, May 30th, 2009

Dogtooth

Dogtooth

L’affiche de Kynodontas (Canine), très épuré et énigmatique, ne nous montre que quelques courbes organisés dans une composition géométrique. Si quelqu’un reconnaît cette figure, s’il comprend à quelle loi mathématique ou physique elle obéit, j’aimerais bien le savoir. Par contre, ayant vu le film, je peux affirmer que cette image est très propre pour illustrer la pellicule, qui est également épurée, énigmatique et enfin fascinante.

Dans une villa à la périphérie de n’importe quelle ville, vit une famille assez spéciale. Leur vocabulaire est inventé au fur et à mesure, sans qu’on en puisse en comprendre la raison, sauf un profond sens autarchique qui s’étend jusqu’à toucher même le langage. Et la clé de l’autarchie est l’isolement. Cette langue bizarre, dans laquelle « téléphone » signifie « sel », « autoroute » est un concept assez difficile à définir (je m’en souviens plus), « zombie » est une petite fleur jaune. .. Et pourquoi pas ?

Le langage est une extension du pouvoir, dans ce cas le pouvoir du père, avec la complicité de la mère. Et les sujets sont leurs enfants, deux filles et un garçon, adolescents dans le corps mais très gamins dans la tête.

Si dans un épisode de « la quatrième dimension » on avait déjà assisté à un déraillement linguistique (les personnes autour de l’enfant protagoniste se retrouvent progressivement à parler une langue incompréhensible), cette fois on est plutôt proches de 1984 (Orwell) où le parti tout-puissant réécrit la langue, réduit le vocabulaire, pour que « paix » soit égal à « guerre » et « liberté » corresponde à « esclavage ». Dans 1984 c’était le pouvoir de l’état à provoquer l’aberration du langage, dans Kynodontas la perspective est plus intime : l’échelle est la famille et la mécanique est l’éducation. On peut peut-être y voir une métaphore de toute forme de pouvoir, mais le focus est sur cette famille, usine de stress.

Donc ce qui est plus intéressant est le passage du domaine surréel, genre « quatrième dimension », au plan de la réalité, comme au fur et à mesure on comprend que tout délire a une explication dans l’isolement, la privation, et enfin cette éducation pervertie.

A la fois drôle et extrêmement triste, surtout dès qu’on comprend que ce monde est le résultat d’une violence psychologique et physique, l’illogique devient logique, la comédie est tragédie.

Un film dur, amer, troublant. Lent, bien sûr, mais avec plusieurs petites scénettes qui renouvellent l’attention, et une mécanique de compréhension progressive qui nous gratifie d’un sens d’avancement. Comment sortir de cette vie de zombies ? On n’a qu’à attendre que le canine tombe, dit le père aux fils.

Prix Un Certain Regard au festival de Cannes

Looking for Ken Loach (Looking for Eric, de Ken Loach)

Wednesday, May 27th, 2009
Le football ne peut pas remplacer la politique

Le football ne peut pas remplacer la politique

Si vous cherchez le Ken Loach politiquement agressif, révolutionnaire, analyste et critique de la société, vous ne le trouverez pas dans ce film. Mais si vous cherchez un réalisateur qui sait bien faire travailler son expérience pour donner au récit un rythme impeccable, diriger des acteurs aux visages et aux manières si réalistes qu’ils semblent sortis du « pub » au coin, alors ce dernier Ken Loach va vous plaire.

Comme Humphrey Bogart revient sur terre pour apprendre à Woody Allen les bases de la psychologie féminine (« Play it again Sam », 1972), le footballer culte Eric Cantona coache un postier en dépression pour lui donner confiance et lui permettre de résoudre ses problèmes avec l’ex-femme et ses enfants…

Le personnage de Cantona abuse de proverbes (une blague un peu facile qui se répète un peu trop souvent) mais ne manque pas d’une touche d’ironie qui, ce qui est quand même assez appréciable.

Le meilleur conseil qu’il donne au postier est de faire confiance à ses amis, une bande de prolos abrutis mais très drôles, fidèles à la religion du football et assidues du “pub” qui est leur église.

La seule nouveauté du film, par rapport à la généreuse carrière de Ken Loach, est son abdication par rapport à ses propos les plus didascaliques et son engagement le plus sévère, mais qui en même temps perds le mordant et la raison d’être.

De Ken Loach il ne reste que son humour et son ironie, pour un film drôle, rythmé, émouvant, encrée dans le présent (pas mal la mention à « youtube »), et qui reste donc sur le ton du pur entertainment, mais le football ne peut par remplacer la politique : un film si léger qu’on va l’oublier rapidement. Play it again Ken !

Le football est roi ! Un très bon affiche réalisé par lillustrateur Tonton Jopp

Le football est roi ! Un très bon affiche réalisé par l'illustrateur Tonton Jopp

Perversions cachées au village (Das Weisse Band / Le ruban blanc, de Michael Haneke)

Monday, May 25th, 2009
Le Ruban Blanc - de Michael Haneke

Le Ruban Blanc - de Michael Haneke

Noir et blanc numérique d’une élégance glaciale, aucune musique d’accompagnement (dans la tradition d’Haneke), un vieux narrateur qui déclare de ne pas être certain de ce qu’il raconte, deux heures et vingt pour ce voyage dans les mystères d’une communauté protestante à la Spoon River.

La forte présence de la religion (de l’hypocrisie), le pouvoir des figures autoritaires, un médecin, un baron, un pasteur, et tous les pères, n’arrivent pas à imposer l’ordre qu’eux-même ne respectent qu’en surface, ou dont ils abusent avec violence, psychologique et physique.

D’un côté nous avons les prodromes de la première guerre mondiale, qui fera exploser les tensions souterraines des pays d’Europe, de l’autre côté nous avons une version en maquette de ces manoeuvres dé-stabilisantes, ces pressions cachés, dans le village que nos personnages habitent.

Ce qui est caché exerce toujours une force sur la surface, on voit bien cette force agir sur les personnages, perturber l’ordre, et se manifester dans des éclats de violence (toujours cachée, dans le style d’Haneke).

La culpabilité et la perversion ne sont qu’un produit social ; voilà une société qui a donc tout à fait l’intérêt à garder le secret sur ses responsabilités, et qui par conséquent préfère toujours le gossip à l’enquête, cacher l’horreur plutôt que faire face aux contradictions du système et regarder dans les yeux le fruit malade de la société.

Une Palme d’Or très méritée pour un film qui s’impose comme un classique, une oeuvre solide, avec un style mesuré, une perfection tout à fait diabolique, une parfaite correspondance entre la forme et le contenu. Fidèle à ses propos et à son style, Haneke arrive à s’innover et à se dépasser encore. Un peu dur au début, le film prend le temps qu’il faut pour gagner l’attention, la confiance et enfin l’adoration fiévreuse du spectateur : ses efforts sont enfin bien récompensés, comme d’habitude dans le grand cinéma d’Haneke.

Châtiment plus châtiment à la court du terrible Tzar (Tzar, de Pavel Lounguine)

Monday, May 25th, 2009
Tzar, de Pavel Lounguine

Tzar, de Pavel Langouine

Cette pellicule russe est une longue et argumentée réfection autour du principe que « tout pouvoir vient de Dieu ». Par conséquence le Tzar Ivan IV Vassiliévitch (mieux connu comme « le terrible »), représentant suprême du pouvoir, est bien convaincu que tous ses actes sont justifié par Dieu et qu’il n’y a aucun péché plus grand que les attentats à son pouvoir, puisque il vient de Dieu.

Le contraste entre le Tzar et l’archevêque Philippe, représentant le pouvoir religieux et une foi authentique, tandis que le Tzar semble toujours en mauvaise fois ou animé d’une foi pervertie par le principe dont j’ai parlé, évolue en suivant un crescendo de folie, qui nous offre quelque bonne scène sanglante, comme le combat entre un ours et un traitre présumé.

Des décors et des costumes extraordinaires (la scène de l’habillage du Tzar, qui nous montre la transformation d’un petit homme à l’air misérable en suprême régnant, est tout à fait remarquable) bâtissent un cadre spectaculaire dans la tradition du grand film historique.

Même si on n’y trouve pas les scènes de masse typiques du genre, au moins on ne cède pas à la tentation des foules numériques et des décors digitaux, qui représente, dans le cinéma spectaculaire contemporain, un substitut très moyen.

Dans ce morceau d’histoire russe à l’ampleur universel, le rapport ambigu entre pouvoir politique et religieux trouve une digne mise en scène.

A travers le mirroir : Gillianland (The imaginarium of Doctor Parnassus, de Terry Gilliam)

Sunday, May 24th, 2009
Heath Ledger revient à la vie dans le nouveau film de Terry Gilliam

Heath Ledger revient à la vie dans le nouveau film de Terry Gilliam

Terry Gilliam, rêveur de profession, après la défaite catastrophique de son “Baron de Munchausen” et la ruine de son “Don Quichotte” (qui n’a jamais été réalisé mais dont il reste un témoignage dans le docu “Lost in La Mancha“) doit faire face, encore une fois, à la malchance : au cours du tournage de l’ “Imaginarium du Docteur Parnassus” (l’histoire d’un autre rêveur pathétique, comme Munchausen et Quichotte), la star du film, Heath Ledger, meurt à l’age de 29 ans. Le film est complété grâce à l’aide de trois amis : Johnny Depp, Colin Farrell et Jude Law, qui prêtent leurs visages et leurs corps pour les scènes que Heath Ledger n’a pas pu tourner. Terry Gilliam remerciera les amis à la fin du film, avec un touchant panneau : “from Heath Ledger and Friends“.

Ce qui est extraordinaire est que le sens du film n’est pas endommagé par ce rôle collectif, au contraire l’escamotage est parfaitement inséré dans l’histoire et l’enrichisse d’un ultérieur élément.

Cette oeuvre fantasmagorique, qui parle d’une caravane d’artistes qui offrent un spectacle tout à fait magique, auquel on accède en traversant un miroir, joue beaucoup avec le concept du miroir, et devient enfin un miroir magique en réfléchissant la mort de Heath Ledger : on retrouve son personnage mort, au débout du film, pendu sur un pont. Le docteur Parnassus nous conseille de ne pas pêcher les morts comme ça… mais le personnage revient à la vie et rejoint la caravane. Et grâce à ce film Heath Ledger revient à la vie… Comme Rudolph Valentino et d’autres sex symbols de l’histoire du cinéma, dont on voit le portrait dans une scène de ce film, il est mort, mais en même temps il est devenu immortel.

Pour ce récit, qui met en place un jeu pervers entre le diable (un magnifique Tom Waits) et le millénaire Docteur Parnassus (Christopher Plummer), défis entre l’immagination “cheap”, stérile, d’une console playstation, la vieille mère d’un groupe de mafieux russes, ou le motel où une vieille dame voudrait emmener Heath Ledger, et l’immagination riche, baroque et sans freins de Parnassus, on retrouve enfin un Terry Gilliam en pleine forme, nageant dans un univers d’effet spéciaux numériques qui par leur fraîcheur et naïveté sont plus proches aux vieilles pellicules de George Méliès qu’aux standards de Hollywood.

Une séance en format numérique au Festival de Cannes a mis en valeur les milles lumières du film et la brillance des couleurs. Vous aurez l’impression de traverser le miroir pour rejoindre Gillianland, avec Heath Ledger et ses amis.

Du cinéma explosif pour réécrire l’histoire (Inglorious Basterds, Quentin Tarantino)

Friday, May 22nd, 2009
inglorious basterds

inglorious basterds

Tarantino déchaîne un groupe de bâtards yankees (juifs) contre les nazis, dans la France occupée. Ils sont barrés et violents, comme c’est souvent le cas dans les films de l’auteur de Pulp Fiction. Et dans le cas du lieutenant Brad Pitt alias « Aldo l’Apache », leader des bâtards, et du « chasseur de juifs » colonel SS Hans Landa, joué par Christoph Waltz, ils sont autant verbaux.

L’inspiration vient des vieux films de série B qui mettaient en scène un groupe de héros en lutte contre les nazis, un filon prolifique dans les années 70 époque dans laquelle Tarantino pêche avec enthousiasme. Dans ces films à petit budget et aux scénarios approximatifs, les nazis gueulaient « schnell schnell kaput » et leur allemand n’allait pas beaucoup plus loin que ça, tandis que, la plus part du temps, ils parlaient un anglais marqué par un fort accent allemand, même entre eux. Le réalisme de la mise en scène dans ces films bâtards n’était pas une priorité. Ça m’a donc beaucoup étonné que dans ce nouveau film de Tarantino, où il y a des personnages anglophones, francophones (l’action se passe dans la France occupée), et allemands, tous parlent proprement leur langue, rendant souvent nécessaires des personnages qui ont la fonction de traducteurs, des sous-titres, et des dialogues dont le seul but est de permettre le passage d’une langue à l’autre: « do you speak English ? Let’s speak English. ». Si d’un coté la connaissance magistrale de plusieurs langues de la part du colonel Landa donne lieu à une des scènes les plus drôles du film, de l’autre coté tout cela rend les échanges entre les personnages un peu lourds et ralentit sans que j’y voie une vrai raison, tout comme le réalisme de la mise en scène n’est pas plus un parti pris que dans les films de série B des années 70.

L’idée de base, un groupe de yankees plus violents et barrés que les nazis (qui dans ce films sont enfin toujours victimes) est très intéressante, mais les personnages, sauf les deux dont j’ai déjà parlé (celui de Brad Pitt, « Aldo l’Apache », et celui de Christoph Waltz, « Landa », ne sont pas du tout convaincants, tellement qu’on a du mal à se les rappeler. Ni physiquement, ni psychologiquement on arrive à les identifier et à s’y accrocher, même si à un des bâtards est dédié un titre incrusté et un flashback de présentation, il reste néanmoins un personnage faible et flou.

Couleur, décors, et costumes travaillent ensemble pour créer un univers esthétique cohérent, les scènes de violence sont assez explicites, les deux heures et demi du film passent assez rapidement, mais il manque un vrai suspense, aussi à cause du fait que, comme on a dit,  puisque on n’arrive pas à s’accrocher aux personnages, leur sort ne nous préoccupe pas beaucoup.

La musique est très bien mais pas à l’hauteur des bandes sons des films précédents de Tarantino. Le séduisant morceau « Cat People » de David Bowie, écrit pour la reprise des années 80 du film de Jacques Tourner, est recyclé dans la boucle mais le rapport qu’il entretien avec la scène (la planification d’un feu meurtrier) est trop didascalique (« Putting out the fire with gazoline »).

Enfin, le film reste très drôle, il ne faut pas le louper. De plus on voit bien qu’il y a un sens et un discours cinématographique dans cette réécriture de la deuxième guerre mondiale par Quentin Tarantino, Malheureusement demeure la sensation globale de déception.

Post Scriptum

La scène dans la bande d’annonce, où Brad Pitt tient son merveilleux discours aux bâtards, semble être coupée différemment dans le film… et elle est carrément moins réussie. Pas vrai ?

Drôle de communisme à la roumaine (Amintiri din epoca de aur, Contes de l’age d’or)

Thursday, May 21st, 2009

Amintiri din epoca de aur

Amintiri din epoca de aur

Cinq réalisateurs roumaines nous racontent autant de légendes de l’époque de l’histoire roumaine que Ceausescu appelais « l’âge d’or ». Dans ces légendes on assiste à un certain nombre d’absurdités produites par le régime :

  • le panique qui précède une inspection d’un membre du parti dans un petit village,
  • la quantité de retouches nécessaires pour qu’une photo du président puisse être imprimé sur les journaux,
  • la pénurie d’aliments qui pousse tout le monde à faire des petits vols dans leurs lieux de travail,
  • un cochon contrebandé vivant qui doit être tué avant de le cousiner,
  • une escroquerie basée sur la pollution de l’eau et de l’air du à l’industrie chimique.

Les cinq épisodes sont caractérisés par un humour original qui trouve son fondement dans les incroyables soucis des gens pendent la dictature communiste.

C’est bien que maintenant on puisse rire de cette période atroce : la dénomination « âge d’or » et tout ç fait appropriée… au deuxième degré, bien sûr.

Les cinq réalisateur du film sont:

Hanno Höfer
Razvan Marculescu
Cristian Mungiu
Constantin Popescu
Ioana Uricaru

Sim City, version guerre des religions (Agora, de Alejandro Amenabar)

Wednesday, May 20th, 2009

La ville dAlexandrie dans Agora de Amenabar

La ville d'Alexandrie dans "Agora" de Amenabar

Chrétiens, païens et juifs cohabitent dans la ville d’Alexandrie. La science est le quatrième élément. On y assiste à la prise de pouvoir des chrétiens, qui se débarrassent de tous les ennemies, à travers la violence des « parabalani » (pieux chrétiens qui expliquent la religion par le moyen de pierres tirés sur la tête des infidèles).

Ce n’est qu’un nouveau péplum, où la main invisible du réalisateur Amenabar, qui confirme son total manque de personnalité d’auteur, n’arrive pas à creuser la personnalité des personnages, risquant de perdre même le public des blockbusters qui n’attendent pas beaucoup plus que quelque coup d’épée et des hommes musclées en sandales dans des décors des temps mythiques.

Le seul parti pris esthétique d’Amenabar c’est l’usage insistant de plan plongés, où le petits humains vu de très haut semblent des fourmis qui tournent en rond. Malheureusement, ces plans, où on voit d’une perspective divine les décors numériques de l’ancienne Alexandrie, avec ses temples et obélisques, nous font penser surtout aux jeux vidéo style sim city, ce qui n’est pas forcement un mal, donnant une ultérieure couche postmoderniste au déjà très postmoderne genre des new-péplum.

Si le publique le plus bête pourra apprendre par le moyen de ce film qui puissent exister des femmes philosophes et scientifiques, bref, des femmes avec un cerveau, comme la protagoniste Hypatie (pour en savoir plus voir wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypatie_d’Alexandrie), tant mieux, mais d’une coté je ne suis pas trop optimiste, et de l’autre coté cela ne suffit pas à en faire un bon film.

Von Trier empereur de l’horreur (Antichrist, de Lars Von Trier)

Tuesday, May 19th, 2009
Antichrist, de Lars Von Trier

Antichrist, de Lars Von Trier

Précis, très dense de sens, très signifiant, l’horreur par Lars Von Trier est aussi un essai sur l’horreur, sur la peur, sur l’angoisse. Entre théorie psychanalytique et fantastique todorovien, l’hommage à Andrei Tarkovsky (auquel le film est dédié), images et son d’une beauté effrayante, la profondeur et la richesse de l’Antichrist lui donnent place parmi les chefs d’œuvre incontournables.
Plusieurs études on montré des liens entre la théorie psychanalytique et la mécanique des films d’horreur. Dans ce film, William DaFoe joue le rôle d’un psychanalyste, très rationaliste et très orgueilleux, trop superbe, qui veut soigner sa femme, en deuil pour la mort de leur enfant, en la mettant devant ce dont elle a peur. Ils identifient la source de la peur dans les forêts autour d’un chalet, dans une zone qu’ils appellent « Eden », nom qui évidemment n’est pas choisi au hasard (un homme, une femme -seuls personnages du film pour parti pris pleinement justifié- au « Eden ») .
Mais a forêt n’est pas au sommet de la pyramide, il s’agit de chercher là-bas qu’est qui provoque les crises d’angoisse de la femme. Cette recherche psychanalytique devienne un parcours au cœur de l’horreur dans le quel le spectateur l’accompagne, et s’il accepte le jeu il vivra avec les personnages une expérience cinématographique autant traumatique qu’extraordinaire.
Des images sexuelles très explicites, qui seront probablement censurés dans une version soft du film (ce qui est arrivé à « Idioterne », 1998), n’ont pas manqué de créer une réaction de refus parmi plusieurs spectateur au Festival De Cannes : les rigolades qu’on a entendu en salle sont comme le rire des enfants devant un magasin pornographique. Ces images sont très nécessaires pour le discours psychanalytique qu’on tient dans le film, donc une éventuelle censure représenterait une vraie castration.
Le fantastique todorovien (selon la célèbre définition de Todorov, le fantastique est l’oscillation entre explication surnaturelle est rationnelle) habite pleinement ce film : dans une scène emblématique, William Dafoe demande à Charlotte Gainsbourg de faire un jeu thérapeutique, une sorte de jeu de rôle dans le quelle elle doit représenter le discours rationnel et lui le rôle du surnaturel. Les deux polarités du fantastique, rationnel et surnaturel, animent tout le film et on peut continuer à débattre après la séance sur ce qui était réel dans le film est ce qui était surnaturel.
Antichrist
représente le sommet du cinéma d’horreur, un film tellement dense qu’on pourrait facilement écrire plusieurs livres dessous, et Lars Von Trier se confirme le plus grand réalisateur du moment.