Précis, très dense de sens, très signifiant, l’horreur par Lars Von Trier est aussi un essai sur l’horreur, sur la peur, sur l’angoisse. Entre théorie psychanalytique et fantastique todorovien, l’hommage à Andrei Tarkovsky (auquel le film est dédié), images et son d’une beauté effrayante, la profondeur et la richesse de l’Antichrist lui donnent place parmi les chefs d’œuvre incontournables.
Plusieurs études on montré des liens entre la théorie psychanalytique et la mécanique des films d’horreur. Dans ce film, William DaFoe joue le rôle d’un psychanalyste, très rationaliste et très orgueilleux, trop superbe, qui veut soigner sa femme, en deuil pour la mort de leur enfant, en la mettant devant ce dont elle a peur. Ils identifient la source de la peur dans les forêts autour d’un chalet, dans une zone qu’ils appellent « Eden », nom qui évidemment n’est pas choisi au hasard (un homme, une femme -seuls personnages du film pour parti pris pleinement justifié- au « Eden ») .
Mais a forêt n’est pas au sommet de la pyramide, il s’agit de chercher là-bas qu’est qui provoque les crises d’angoisse de la femme. Cette recherche psychanalytique devienne un parcours au cœur de l’horreur dans le quel le spectateur l’accompagne, et s’il accepte le jeu il vivra avec les personnages une expérience cinématographique autant traumatique qu’extraordinaire.
Des images sexuelles très explicites, qui seront probablement censurés dans une version soft du film (ce qui est arrivé à « Idioterne », 1998), n’ont pas manqué de créer une réaction de refus parmi plusieurs spectateur au Festival De Cannes : les rigolades qu’on a entendu en salle sont comme le rire des enfants devant un magasin pornographique. Ces images sont très nécessaires pour le discours psychanalytique qu’on tient dans le film, donc une éventuelle censure représenterait une vraie castration.
Le fantastique todorovien (selon la célèbre définition de Todorov, le fantastique est l’oscillation entre explication surnaturelle est rationnelle) habite pleinement ce film : dans une scène emblématique, William Dafoe demande à Charlotte Gainsbourg de faire un jeu thérapeutique, une sorte de jeu de rôle dans le quelle elle doit représenter le discours rationnel et lui le rôle du surnaturel. Les deux polarités du fantastique, rationnel et surnaturel, animent tout le film et on peut continuer à débattre après la séance sur ce qui était réel dans le film est ce qui était surnaturel.
Antichrist représente le sommet du cinéma d’horreur, un film tellement dense qu’on pourrait facilement écrire plusieurs livres dessous, et Lars Von Trier se confirme le plus grand réalisateur du moment.
Tags: antichrist, cannes, freud, horror, lars von trier, todorov

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Merci pour cette analyse mesurée. Cela fait un bien fou et comble un peu le néant critique d’hystériques journalistes-plaisanciers. Sincèrement, merci.
Certains hurlent à la misogynie… Quid?