Tarantino déchaîne un groupe de bâtards yankees (juifs) contre les nazis, dans la France occupée. Ils sont barrés et violents, comme c’est souvent le cas dans les films de l’auteur de Pulp Fiction. Et dans le cas du lieutenant Brad Pitt alias « Aldo l’Apache », leader des bâtards, et du « chasseur de juifs » colonel SS Hans Landa, joué par Christoph Waltz, ils sont autant verbaux.
L’inspiration vient des vieux films de série B qui mettaient en scène un groupe de héros en lutte contre les nazis, un filon prolifique dans les années 70 époque dans laquelle Tarantino pêche avec enthousiasme. Dans ces films à petit budget et aux scénarios approximatifs, les nazis gueulaient « schnell schnell kaput » et leur allemand n’allait pas beaucoup plus loin que ça, tandis que, la plus part du temps, ils parlaient un anglais marqué par un fort accent allemand, même entre eux. Le réalisme de la mise en scène dans ces films bâtards n’était pas une priorité. Ça m’a donc beaucoup étonné que dans ce nouveau film de Tarantino, où il y a des personnages anglophones, francophones (l’action se passe dans la France occupée), et allemands, tous parlent proprement leur langue, rendant souvent nécessaires des personnages qui ont la fonction de traducteurs, des sous-titres, et des dialogues dont le seul but est de permettre le passage d’une langue à l’autre: « do you speak English ? Let’s speak English. ». Si d’un coté la connaissance magistrale de plusieurs langues de la part du colonel Landa donne lieu à une des scènes les plus drôles du film, de l’autre coté tout cela rend les échanges entre les personnages un peu lourds et ralentit sans que j’y voie une vrai raison, tout comme le réalisme de la mise en scène n’est pas plus un parti pris que dans les films de série B des années 70.
L’idée de base, un groupe de yankees plus violents et barrés que les nazis (qui dans ce films sont enfin toujours victimes) est très intéressante, mais les personnages, sauf les deux dont j’ai déjà parlé (celui de Brad Pitt, « Aldo l’Apache », et celui de Christoph Waltz, « Landa », ne sont pas du tout convaincants, tellement qu’on a du mal à se les rappeler. Ni physiquement, ni psychologiquement on arrive à les identifier et à s’y accrocher, même si à un des bâtards est dédié un titre incrusté et un flashback de présentation, il reste néanmoins un personnage faible et flou.
Couleur, décors, et costumes travaillent ensemble pour créer un univers esthétique cohérent, les scènes de violence sont assez explicites, les deux heures et demi du film passent assez rapidement, mais il manque un vrai suspense, aussi à cause du fait que, comme on a dit, puisque on n’arrive pas à s’accrocher aux personnages, leur sort ne nous préoccupe pas beaucoup.
La musique est très bien mais pas à l’hauteur des bandes sons des films précédents de Tarantino. Le séduisant morceau « Cat People » de David Bowie, écrit pour la reprise des années 80 du film de Jacques Tourner, est recyclé dans la boucle mais le rapport qu’il entretien avec la scène (la planification d’un feu meurtrier) est trop didascalique (« Putting out the fire with gazoline »).
Enfin, le film reste très drôle, il ne faut pas le louper. De plus on voit bien qu’il y a un sens et un discours cinématographique dans cette réécriture de la deuxième guerre mondiale par Quentin Tarantino, Malheureusement demeure la sensation globale de déception.
Post Scriptum
La scène dans la bande d’annonce, où Brad Pitt tient son merveilleux discours aux bâtards, semble être coupée différemment dans le film… et elle est carrément moins réussie. Pas vrai ?
