Tissus industriels serbes à la chaleur humaine

“Warmth”, Zoran Todorovic – The Serbian Pavilion, La Biennale di Venezia 2009

"Warmth", oeuvre de Zoran Todorovic

"Warmth", oeuvre de Zoran Todorovic

A l’entrée du pavillon serbe on a l’impression d’être dans le dépôt d’une usine. L’atmosphère est sombre et privée de toute superfluité, comme dans un espace industriel où l’humain n’est qu’une machine parmi les autres.

Sur plusieurs palettes sont empilés des carrés d’une espèce de moquette gris foncé. La tentation de toucher ce matériel est très forte et on n’y résiste pas.

A côté de chaque palette est accroché un moniteur en noir et blanc. L’écran montre l’intérieur d’une usine textile : les ouvriers sont en train de sortir des gros rouleaux de tissus d’une grande machine. Un autre moniteur montre d’autres ouvriers qui vident des sacs noirs pleins d’une espèce de fourrure. Enfin je tombe sur un moniteur où un coiffeur est en train de faire son boulot. Un autre coiffeur fait la même chose. Et un autre. Un soupçon me prend. Je regarde un autre moniteur et voilà des hommes qui remplissent des grands sacs avec les cheveux coupés. Mon œil est attiré par l’étiquette qui est accrochée à un pavé de moquette : 70% de cheveux humain.
L’artiste serbe Zoran Todorovic (Belgrade, 1965) a ramassé deux tonnes de cheveux pendent plusieurs mois, dans différentes boutiques de coiffeur et dans des installations militaires, où la coupe des cheveux est un symbole de discipline. Ensuite, il a démarré la production de ces pavés de tissus.

La note distribuée dans le pavillon déclare que des échantillons du matériel sont a disposition pour un examen au microscope, ou si vous voulez, même pour un test ADN. J’aurais bien aimé avoir un microscope à la main, mais je pense qu’on peut faire confiance à la bonne foi de l’artiste par rapport à la qualité de la matière première.

Dans cette œuvre l’humain est mis en contact explicitement avec la production industrielle, et ce n’est pas par hasard qu’il s’agit d’une production textile, car c’est le premier secteur protagoniste de la « révolution industrielle ».
La production de cheveux devient un élément d’une chaîne qui dépasse l’individu. L’homme est traité comme un mouton. Le fait qu’il soit à la fois mouton et destinataire du produit donne une dimension perverse et cannibale à cette chaîne économique – est-ce qu’elles ne sont pas toutes cannibales les voies de l’économie? Le fait que ces couvertures de cheveux humains, bien chaudes (« warmth », c’est-à-dire « chaleur » est le titre de l’œuvre), ne sont à disposition que sur le marché de l’art, pour une vente très chère, rend le tout encore plus pervers, mais pas inhumain. L’exploitation est le propre de l’homme.

Documentaire sur la production de "warmth"

Documentaire sur la production de "warmth"

"Warmth", 70% humain hairs

"Warmth", 70% humain hairs

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