Les onze éléments de la Beam Orchestra font ressortir le coté épique des chansons de Daniel Johnston, ils le soutiennent pour qu’il puisse avoir la confiance nécessaire et tirer le mieux de sa fragilité. Si on pourrait penser que cet ensemble était là pour cacher la petite voix de Daniel, ce n’est pas du tout le cas : il a crié encore plus fort et il s’est fait bien entendre (sauf peut-être dans le premier morceau, quand il devait encore se chauffer). Et quand il a été prêt, il a pris sa guitare et a enchainé trois morceaux en solo, où il a bien montré que l’orchestre n’était pas là pour le noyer et l’occulter comme un mauvais chanteur. Biensûr, ces trois morceaux ont été quelque chose d’incroyable : une façon de jouer la guitare qui annule la distance entre l’amateurisme et le virtuosisme, et une façon de chanter qui fait perdre tout sens à la notion de « chanter faux », puisque il n’y a pas de place pour le « faux » si la musique vient du cœur et touche les cœurs des spectateurs sensibles.
Il y a une certaine tendance dans la critique musicale et parmi des soit-disant connaisseurs de la musique indépendante (et de la musique tout court) qui dans une performance live cherchent comme une confirmation de l’album studio, et quand il s’agit d’une icône underground comme Daniel Johnston leurs attentes et leur paramètres de jugement sont facilement bouleversés, puisque leur « image mentale » de Daniel Johnston risque d’occulter le Daniel Johnston réel qui est devant leurs yeux. Je crois que c’est pour ça que l’accompagnement de la Beam Orchestra, qui à la base est quelque chose de très étrange par rapport au minimalisme et au personnalisme de la musique de Daniel Johnston, a réçu autant de critiques négatives.
Moi, quand je vais à un concert je veux surtout être surpris. Il n’y a pas pire qu’un live qui cherche de reproduire l’album studio et qui se limite à confirmer mes attentes. Et ce Daniel Johnston avec orchestre m’a surpris. Cette coté épique, tout a fait inédite dans l’univers du chanteur, s’est installé comme un grand défi qui a donné un bon dynamisme à la performance. J’ai été surpris par certaine morceaux où on voyait que le ton épique soutenait magnifiquement et naturellement les petites chansons, et j’ai était souvent surpris à l’intérieur d’un morceau, qui commence comme un clash, avec quelque chose qui cloche entre le chanteur et l’orchestre, et qui fusionne soudainement en donnant en même temps un nouveau élan à un vieux classique du répertoire de Daniel Johnston. C’est le cas, par exemple, de « Walking the cow ».
Une vrai performance d’artiste, qui croit à chaque mot qu’il prononce, qui re-vit en live l’épisode qui a inspiré chaque chanson, et qui pendant ce concert donne expression à son univers, entre le pessimisme due a la conscience d’une vie qui est passé, et qui est passé à coté de l’amour, et l’optimisme (enfantin mais sincère) qu’enfin l’amour triomphera. Il y a peu de chanteurs envers lesquels on peu éprouver un amour si fort que pour Daniel Johnston.
Un journaliste des INROCKS a eu la chance d’ accompagner pour une demie heure Daniel Johnston dans son après midi le jour du concert. Après avoir appris que son entretien avait été annulé il l’a rencontré par hasard et a discuté avec lui chez mac do, a appris qu’il connait pas Obama parce qu’il ne s’intéresse pas à l’actualité, qu’il passe ses journées à dessiner, écouter et jouer de la musique, qui se plaigne d’être obligé à boire diet coke à cause du diabète, et qu’il trouve qu’elle n’a pas le même gout que la vrai coca. Il apprend aussi que pour Daniel Johnston c’était la première fois à Paris, or que ce même journaliste l’avait déjà vu en concert dans la capitale il y a 5 ans. C’est peut-être que les mac donalds du monde se ressemblent beaucoup, facile de se tromper de ville. Par contre il aurait pu se souvenir de Notre Dame, qui a l’air marquer le chanteur parce qu’il y « habite » son confrère quasimodo. Ensuite Daniel Johnston se fait emmener dans un magasin de vinyles, où il achète des disques pour environ 250 euros : c’est surtout de 45 tours, qu’il choisit peut-être pour la pochette comme dans le cas de la bande son de Batman, ou parce que c’est des disques des groupes qu’il aime beaucoup comme les Queen. Et quand le frêre de Daniel Johnston lui fait la remarque qu’il possède déjà ces disques, il répond avec un candeur magnifique « oui,mais je les aimes beaucoup ». Il achète aussi du Nino Rota, dont l’univers a quelque proximité avec le monde de Daniel Johnston.
Daniel Johnston & the Beam Orchestra au Bataclan (15/04/2010)
– April 17, 2010Posted in: Music
