Archive for the ‘Art’ Category

Art contemporaine au Moulin : Galleria Continua nous invite dans usine réaménagée en lieu d’exposition

Wednesday, October 28th, 2009

SPHERES 2009 – LE MOULIN – Art project by Galleria Continua from Federico Anastasi on Vimeo.

SPHÈRES 2009
24 octobre 2009 – 30 mai 2010

GALLERIACONTINUA / Le Moulin
46 rue de la Ferté Gaucher 77 169 Boissy-le-Châtel, France (Seine-et-Marne)

Le réveil à 9 heures le samedi matin ne nous a pas effrayé (pas plus que ça…); à onze heure on était derrière le Petit Palais pour monter dans la navette qui nous a amené au site du “Moulin“, un ancien moulin à blé (14e siècle), puis moulin papetier (1800), fabrique d’objets en plastique (années 1950) et menuiserie (années 1970). Le site (10.000 m2) a été racheté en 2007 par Galleria Continua, une galerie d’art contemporain italienne basée à San Gimignano et à Beijing.

Après un brunch assez sympa on commence la visite. La première salle me fait tomber dans le désespoir, rien d’intéressant sauf une belle sculpture d’Ugo Rondinone. Mais l’exploration continue et au final on est conquis pas ce magnifique cadre post-industriel où, en occasion de l’événement “Sphères 2009″, sept galerie exposent :

  • Air de Paris (Paris),
  • Galleria Continua (San Gimignano / Beijing / Le Moulin),
  • Goodman Gallery (Johannesburg / Cape Town),
  • Galerie Krinzinger (Vienne),
  • Esther Schipper (Berlin),
  • Kamel Mennour (Paris),
  • Almine Rech Gallery (Bruxelles / Paris)

Une série d’œuvres peuvent bien profiter de l’ampleur du lieu :

  • la montagne de casseroles de Subodh Gupta
  • l’aggloméré de sachet en plastique de Pascale Marthine Tayou
  • les tresses de fibre de Shen Yuan
  • le labyrinthe de rouleau de carton de Michelangelo Pistoletto
  • les vitres de  Daniel Buren
  • les cercles d’ampoules de Claude Lévêque.

D’autres œuvres s’insèrent aussi-bien dans les couloirs et dans les nombreuses salles du site :

  • les sculptures hyperréalistes (un ange mort et un taliban) de Sun Yuan & Peng Yu,
  • les rêves de Nedko Solakov,
  • la maquette de Hans Op de Beeck,
  • les plans de Carlos Garaicoa,
  • les vidéos de Ann Veronica Janssens, Ange Leccia, Minnette Vari, Chris Burden.

Sun Yuan & Peng Yu

Sun Yuan & Peng Yu

Galleria Continua : http://www.galleriacontinua.com/index.html?lang=fr

Ouvres d’art, reines sur scène (”Drama Queens”, de Elmgreen & Dragset, texte de Tim Etchells)

Friday, October 23rd, 2009
Elmgreen & Dragset : "Drama Queens"

Elmgreen & Dragset : "Drama Queens"

Ayant énormément apprécié leur travail pour le Pavillon des Pays du Nord à la Biennale de Venise (cliquer ici pour lire mon texte), j’ai été voir la pièce “Drama Queens”, conçue par Elmgreen & Dragset, avec le texte de Tim Etchells.

Un groupe d’œuvres arts, chacune avec son propre caractère, se retrouve sur scène et doit faire face à un contexte de “spectacle”. Ils discutent des styles, des tendances, du marché, des publiques différents des musées et du théâtre (bavard et hétérogène le premier, silencieux et qui réagit à l’unisson le deuxième).

Sollicité par Elmgreen & Dragset, Tim Etchell a écrit un texte très brillant, plein d’humour, qui s’interroge d’une façon légère et intelligente sur le sens de l’art, sa place dans la culture, avec des citations cultivés (les propositions sur l’art de Sol Lewitt) et des clin d’œil à la culture la plus populaire (E.T. et Donnie Darko). Un mix très postmoderne pour exprimer parfaitement l’impossibilité d’une dramaturgie pour les ouvres d’arts.

Avec des personnalités qui rendent impossible l’existence d’un personnage, le Lapin de Jeff Koons, le bloc de granit sans titre d‘Ulrich Rückriem, le “four cubes” de Sol Lewitt, Elegy III de Barbara Hepworth, l’Homme qui Marche de Giacometti, le pack de Brillo d’Andy Wharol se mènent sur scène comme des reines (voilà les “Drama Queens”), très orgueilleuses de leur statut d’œuvres d’art, mais à la fois perdues dans un scénario qui ne leur convient pas. L’échec d’une Commedia dell’arte interpretée par des oeuvres d’art.

Une pièce, enfin, quand-même. Mais surtout, plus proprement, une œuvre, dans le style totalisant d’Elmgreen & Dragset. Géniale, drôle, riche. Et qu’est-ce que c’est con, d’un coup, d’applaudir des œuvres d’art.

Elmgreen & Dragset : Drama Queens

Un petit mystère : pourquoi dans la version de la pièce qu’on a vu au Centre Pompidou manque le Berger des nuages de Hans Arp ?

Lapin - Jeff koons

Lapin - Jeff koons

elegyIII

elegyIII

L'homme qui marche de Giacometti

L'homme qui marche de Giacometti

Four Cubes - Sol Lewitt

Four Cubes - Sol Lewitt

Sans titre - Ulrich Rückriem

Sans titre - Ulrich Rückriem

Brillo - Andy Wharol

Brillo - Andy Wharol

En parlant de leur travail pour le Pavillon Des Pays du Nord à la Biennale de Venise, Elmgreen & Dragset déclarent que “le publique continue la narration et invente une nouvelle version de l’histoire” (”People continue the narrative and make up their own kind of new story”). C’est exactement ce que j’ai fait dans mon billet (cliquer ici).

TateShots: Elmgreen and Dragset at the Venice Biennale

Nicolas Moulin, fétichiste du béton armé finaliste au Prix Marcel Duchamps (FIAC 2009)

Thursday, October 22nd, 2009
FIAC 2009, Paris (Grand Palais)

FIAC 2009, Paris (Grand Palais)

FIAC 2009, Paris. Les galeries les plus prestigieuses exposent au Grand Palais, les jeunes galeries prennent place au carré du Louvre. C’est au carré du Louvre qu’on trouve aussi les quatre finalistes du Prix Marcel Duchamps, et parmi eux Nicolas Moulin, avec une installation très remarquable accompagné d’une vidéo. A mon avis la meilleure chose à voir à la Fiac cette année. On trouve aussi une série de trois photos de Nicolas Moulin au stand de la Galerie Chez Valentin, trois paysages gris, où l’on sent une présence humaine au passé : l’univers de cet artiste est nourri des thèmes de la meilleure science fiction, en premier Philip K. Dick, qu’il cite comme son auteur préféré et âme proche.

Le monde qu’il semble explorer comme un aventurier du jours d’après est une déclinaison d’un passé futur, le passé de la folie du béton armé projeté au delà de l’humanité qui est pourtant à l’origine de ce monde. Nous sommes amenés à plonger dans un terrain suspendu entre fiction et réalité (encore, Philip K. Dick), et expérimenter des sentiments ambiguës face à cette apocalypse de béton : d’une coté le vertige devant un rêve (une architecture solide, moderne et pas chère) qui devient cauchemar, ruine, monument à une utopie ratée, de l’autre coté fascination pour une paix enfin conquise et une élégance que ces formes finalement trouvent dans la ruine.

Samedi matin (24 octobre) on aura le lauréat du Prix Duchamps : on croise les doigts pour Nicolas Moulin.

Nicolas Moulin (finaliste au Prix Duchamps)

Nicolas Moulin (finaliste au Prix Duchamps)

Nicolas Moulin (finaliste Prix Duchamps 2009)

Nicolas Moulin (finaliste Prix Duchamps 2009)

Nicolas Moulin

Nicolas Moulin

Nicolas Moulin

Nicolas Moulin

Nicolas Moulin

Nicolas Moulin

Nicolas Moulin

Nicolas Moulin

Wenluderwind, Nicolas Moulin

Wenluderwind, Nicolas Moulin, Gallérie Chez Valentin

Nicolas Moulin et Philippe Cuxac

DOSSIER :
http://www.galeriechezvalentin.com/fr/ressources/pdf/nm_dossier.pdf

HP, le ballet des impressions

Monday, July 13th, 2009

HP – invent from Tom and Matt on Vimeo.

HP ballet

HP ballet

Matt & Tom (étudiants chez la Kingston University) participent au concours D&AD Student Awards 2009 avec un film d’animation réalisé avec les impression synchronisée de plusieurs imprimantes HP. Ce principe d’animation est assez inédit est s’inscrit dans l’effort des internautes de réaliser des animations en stop motion avec les utiles et les techniques le plus bizarres. Seul critique, cette animation n’a pas un vrai développement, c’est à dire, une fois installé les imprimantes et lancé l’animation, il y a un principe de crescendo de complexité, mais pas un vrai discours qui tient la route, et surtout la vidéo manque d’une vrai fin.

C’est encore plus étonnant si on regarde les travaux passé de Matt Robinson et Tom Wrigglesworth, réalisés toujours au sein de l’université, qui sont extrêmement riches de sens et qui mélangent l’approche publicitaire avec une vrai démarche artistique : en comparaison avec la plénitude de ces réalisations, l’animation pour HP est vraiment pas à la hauteur.

Ils ont des moyens à la Kingston University !

Ils ont des moyens à la Kingston University !

Une test de consommation dencre de differentes polices

Matt Robinson, Tom Wrigglesworth : Une test de consommation d'encre de differentes polices

La visualisation du resultat du test de consommantion dencre de differentes polices

Matt Robinson,Tom Wrigglesworth : La visualisation du resultat du test de consommantion d'encre de differentes polices

 Matt Robinson : Pas con !

Tom Wrigglesworth, Matt Robinson : Pas con !

Matt Robinson : Quest quon peut faire le dernier jour du monde ?

Matt Robinson : Qu'est qu'on peut faire le dernier jour du monde ?

“What would you do if the world ends tomorrow?” [qu'est-ce que vous feriez si le monde terminais demain ?]
Le projet de Matt sur la fin du monde est mon préféré, une vrai oeuvre d’art conceptuelle : si l’on veut que le dernier jour au monde soit le plus long, autant vaut s’emmerder à écrire pour 24h la définition d’ennui sur un mur.

Un beosans toujours différent

Tom Wrigglesworth : Un beosans (police avec des erreurs d'impression) toujours différent

Ouvrez un tiroir et vous n'aurez jamais deux fois le même beosans

Tom Wrigglesworth : Ouvrez un tiroir et vous n'aurez jamais deux fois le même beosans

Le temps est argent, largent est temps

Tom Wrigglesworth : Le temps est argent, l'argent est temps

D&AD Student Awards 2009 :
http://www.dandad.org/education/student-awards/

Matt Robinson :
matthewrobinson.co.uk

Tom Wrigglesworth :
tomwrigglesworth.com

Merci à Antoine B. pour la signalation

Le passé est oubliable mais ingommable

Friday, June 19th, 2009
Giuseppe Restano - Gomma 4 colori

Giuseppe Restano - Gomma 4 colori, huile sur toile, 80x100cm, 2000

Giuseppe Restano est un peintre italien, originaire des Pouilles et désormais installé à Florence. Son style hyperréaliste s’adresse souvent à des lieux et à des objets du passé, comme l’école et les gommes de la serie “gomme”.

L’huile est distribuée sur la toile avec une précision et une rigueur qui rapprochent sa technique à une sorte d’activité méditative, comme s’il s’agissait d’un mandala tibétain; en même temps son regard sur les objets, qui les transforme en pure image, peut également nous faire penser à une “machine à peinture“, ou un “plotter” numérique. Les deux pôles d’analyse, de mandala et de plotter, décrits par Chiara Leoni dans son article, sont des excellents repères pour comprendre l’oeuvre de Restano. Le thème d’une mémoire mythique est bien exprimé avec ce style qui investit les objets d’un halo de perfection qui les rend irréels.

La série des gommes, mon coup de coeur, dégage des émotions de nostalgie, ce qui est assez étonnant et remarquable pour une peinture si froide et géométrique. En regardant les toiles de cette série on a vraiment l’impression que la gomme est un objet de design, avec ses formes arrondies, ses gammes de couleurs, l’insertion métallique circulaire au centre d’une structure octagonale. J’essaye de me souvenir quelle était ma gomme préférée à l’école mais les souvenirs sont flous, à différence de ces images hyperdétaillées et si nettes.

Site officiel de Giuseppe Restano:
http://www.giusepperestano.com/

Giuseppe Restano - Gomme ottagonali

Giuseppe Restano - "Gomme ottagonali", huile sur toile, 80x110cm, 2000

Giuseppe Restano - Gomme rosso blu

Giuseppe Restano - "Gomme rosso blu", huile sur toile, 60x240cm, 2000

Giuseppe Restano - Gomme verdi

Giuseppe Restano - "Gomme verdi", huile sur toile, 70x170cm, 2000

Giuseppe Restano - Gomme rettangolari

Giuseppe Restano - "Gomme rettangolari", huile sur toile, 80x180cm, 2000

Merci à Amanda pour la segnalation.

Banksy, terroriste de l’art au Bristol Museum

Tuesday, June 16th, 2009
Bansky vs Bristol Museum

Bansky vs Bristol Museum

La carrière de Banksy commence dans l’illégalité en tant que graffitiste. Toujours cachée par son pseudonyme, sa vrai identité n’est pas certaine.  La beauté et la poésie de ces ouvres illégales attirent l’attention et ont mérité d’être protégées. Son art evolue rapidement, tout en restant fidèle à ses thèmes : la moquérie des pouvoirs politiques, des autorités (notemment la police et les militaires), des célébrités, des lois de l’homme et de Dieu, et même de l’art. Quelque example de ses exploits vaut plus qu’un long discours :

  • Il a modifiés 500 cd de l’album de début de Paris Hilton avec collages, photoretouches et des remix, puis il les a replacés dans les magasins avec les codes à barres originales. PLusieurs exemplaires ont été achetés par des cliénts ignares.
  • Il a introduit abusivement au British Museum sa peinture d’une femme préhistorique qui chasse avec un caddie pour le courses. Après la découverte l’oeuvre fait partie de la collection permanente du musée.
  • Il a habillé une poupée gonflable comme un prisonnier de Guantanamo et il l’a placé à Disneyland.
  • Il a peigné des trous et des escaliers sur le mur de Gaza.
  • Il a reinterpreté un célèbre tableau de Edward Hopper en rajoutant un holigans habillé seulement d’un drapeu du royaume uni.
  • Il a installé à soho la scullture d’une vieille cabine téléphonique avec un vitre cassé par une axe trouqué avec du faux sang (critique de la modernisation des télécomunications anglaises).

L’intervention dans l’éspace, la perturbation du sens commun, et une dimension abusive de l’art restent des constantes dans son oeuvre, à partir de ses premiers graffiti. Maintenant, tout en gardant son esprit moquer et sa conception de l’action artistique, Bansky intervient sur tous les supports et par tout les moyens, jusqu’à s’amouser avec des animatronics (c’est à dire des espèces de robots du type utilisé dans certains parcs à thème, comme par example le très touchant”vieux Titti” qu’on voit dans la bande d’annonce).

Avec son énorme succès international, l’achat de ses oeuvres à des pris stellaires par des stars comme Angelina Jolie, Brad Pitt et Kate Moss, Banksy peut bien s’inviter dans n’importe quel musée d’art contemporaine. Sa prochaine expo sera au Bristol Museum, dans celle qui est probablement sa ville natale, et presque certainement le théatre de son début en tant que graffitiste. Dans le style de Bansky, ce ne sera pas une expo conventionnelle : le musée devient un lieu de provocation artistique, un espace à violer, un terrein de jeu pour un enfant terrible : comme c’est marqué à la fin de la bande d’annonce de l’expo, faites attention parce qu’elle contient des scènes enfantines qui peuvent troubler les adultes.

Que de la peine pour le vieux Titti dans sa cage

Que de la peine pour le vieux Titti dans sa cage

Laissez passer le donut géant !

Laissez passer le donut géant !

La justice des singes

La justice des singes

Qui a peur de la nature enfantine des oeuvres de Bansky ?

Qui a peur de la nature enfantine des oeuvres de Banksy ?

Celle-ci est peut-être une photo de Banksy sans capuce

Celle-ci est peut-être une photo de Banksy sans capuce

Site officiel :

http://www.banksy.co.uk/

Site d’info en français :

http://www.banksy-art.com/

Un plein pour Mad Max au pavillon australien

Tuesday, June 16th, 2009

MADDESTMAXIMVS, Shaun Gladwell, Australian pavilion, La Biennale de Venise 2009

Interceptor surf sequence

Interceptor surf sequence, oeuvre de Shaun Gladwell

Au principe je ne pouvais pas y croire. Mais en faite oui, l’art contemporaine australienne peut bien s’inspirer de Mad Max. En tant que cinéphile, et grand estimateur de la trilogie de George Miller, je n’ai pu que adorer.

Avec un jeu de références tout à fait postmoderne, Mad Max est rebaptisé Maddes Maximus (le plus fou, le plus grand), et devient source d’inspiration pour l’artiste Shaun Gladwell. Fidèle à son propre thème habituel de l’homme engagé dans péripéties acrobatiques filmés au ralenti, l’artiste trouve dans l’aventurier Mad Max un alter ego iconique assez puissant.

D’un coup le pavillon australien expose la quintessence du rapport entre l’homme et l’environnement australien. Shaun Gladweel travaille avec les clichés des routes poussiéreuses qui traversent le désert, et profite bien de l’iconographie du guerrier futuriste Mad Max.

Dans une double vidéo (Interceptor surf sequence) on voit de face et du derrière une espèce de gladiateur en cuir et au casque intégrale noir qui sort d’une voiture en course et monte sur le toit du véhicule. Le ralenti rend les gestes très épiques et en même temps marque bien la distance avec le montage frénétique des poursuites à la Mad Max. Le performer au casque noir est comme immobile sur le toit de la voiture en course. Le paysage défile et un équilibre est enfin établi entre l’environnement et l’aventurier.

Caisse d'occasion, modèle Interceptor, plaque australienne

Caisse d'occasion, modèle Interceptor, plaque australienne

La voiture utilisée dans la séquence de « surf » est une réplique du modèle « interceptor » conduit par Mel Gibson dans le film de George Miller. Elle est garée devant le pavillon comme complément de l’expo.

Dans Apology for a roadkill on voit le même personnage en cuir et casque s’arrêter avec sa moto à la marge d’une autoroute. Il rejoint la carcasse d’un kangourou (encore un cliché australien manipulé par l’artiste). On imagine qu’il aille été écrasé par un des nombreux camions qui traversent l’Australie sauvage, comme on en voit plusieurs dans la même vidéo. La figure noire semble prendre dans ses bras le corps du Christ, plutôt qu’un malheureux kangourou.  Encore une fois, une conjonction entre l’homme et l’environnement semble s’établir.

La moto du pieux aventurier devient une sculpture incrustée sur le mur extérieur du pavillon, comme si le personnage avait arrêté tragiquement sa course à la Biennale de Venise.

Le jeu avec les clichés est miraculeusement réussi, ce qui n’est pas évident, et l’iconographie à la Mad Max, très postmoderne, nous plonge dans une aventure esthétique très bluffant.

Apology for a roadkill : La carcasse d’un kangourou ou le corps du Christ ?

Apology for a roadkill : La carcasse d’un kangourou ou le corps du Christ ?

Apology for a roadkill, oeuvre de Shaun Gladwell

Apology for a roadkill, oeuvre de Shaun Gladwell

Tissus industriels serbes à la chaleur humaine

Wednesday, June 10th, 2009

“Warmth”, Zoran Todorovic – The Serbian Pavilion, La Biennale di Venezia 2009

"Warmth", oeuvre de Zoran Todorovic

"Warmth", oeuvre de Zoran Todorovic

A l’entrée du pavillon serbe on a l’impression d’être dans le dépôt d’une usine. L’atmosphère est sombre et privée de toute superfluité, comme dans un espace industriel où l’humain n’est qu’une machine parmi les autres.

Sur plusieurs palettes sont empilés des carrés d’une espèce de moquette gris foncé. La tentation de toucher ce matériel est très forte et on n’y résiste pas.

A côté de chaque palette est accroché un moniteur en noir et blanc. L’écran montre l’intérieur d’une usine textile : les ouvriers sont en train de sortir des gros rouleaux de tissus d’une grande machine. Un autre moniteur montre d’autres ouvriers qui vident des sacs noirs pleins d’une espèce de fourrure. Enfin je tombe sur un moniteur où un coiffeur est en train de faire son boulot. Un autre coiffeur fait la même chose. Et un autre. Un soupçon me prend. Je regarde un autre moniteur et voilà des hommes qui remplissent des grands sacs avec les cheveux coupés. Mon œil est attiré par l’étiquette qui est accrochée à un pavé de moquette : 70% de cheveux humain.
L’artiste serbe Zoran Todorovic (Belgrade, 1965) a ramassé deux tonnes de cheveux pendent plusieurs mois, dans différentes boutiques de coiffeur et dans des installations militaires, où la coupe des cheveux est un symbole de discipline. Ensuite, il a démarré la production de ces pavés de tissus.

La note distribuée dans le pavillon déclare que des échantillons du matériel sont a disposition pour un examen au microscope, ou si vous voulez, même pour un test ADN. J’aurais bien aimé avoir un microscope à la main, mais je pense qu’on peut faire confiance à la bonne foi de l’artiste par rapport à la qualité de la matière première.

Dans cette œuvre l’humain est mis en contact explicitement avec la production industrielle, et ce n’est pas par hasard qu’il s’agit d’une production textile, car c’est le premier secteur protagoniste de la « révolution industrielle ».
La production de cheveux devient un élément d’une chaîne qui dépasse l’individu. L’homme est traité comme un mouton. Le fait qu’il soit à la fois mouton et destinataire du produit donne une dimension perverse et cannibale à cette chaîne économique – est-ce qu’elles ne sont pas toutes cannibales les voies de l’économie? Le fait que ces couvertures de cheveux humains, bien chaudes (« warmth », c’est-à-dire « chaleur » est le titre de l’œuvre), ne sont à disposition que sur le marché de l’art, pour une vente très chère, rend le tout encore plus pervers, mais pas inhumain. L’exploitation est le propre de l’homme.

Documentaire sur la production de "warmth"

Documentaire sur la production de "warmth"

"Warmth", 70% humain hairs

"Warmth", 70% humain hairs

Suprématie future de l’imagination utopiste russe

Monday, June 8th, 2009

« Victory over the future » – The Russian Pavilion, La Biennale di Venezia 2009

Le cosmonautes sont euphoriques pour la découverte de la planète-miroir

Les cosmonautes sont euphoriques pour la découverte de la planète-miroir

Plutôt que de se renfermer dans un passé très lourd, la puissance et la décadence des Tzars, l’utopie révolutionnaire, la dictature, la désintégration du communisme, et le chaos actuel, la Russie nous propose une série de travaux à propos du thème de la « victoire sur le futur ». Le résultat est une exposition parmi les plus intéressantes de cette biennale.

Pavel Pepperstein, représentant de l’école conceptuelle de Moscou, semble avoir voyagé sur le vaisseau « Enterprise » de Star Trek, à la découverte de nouveaux mondes et civilisations, planètes bizarres, et d’une nouvelle Terre du futur. Le panorama du futur qui en ressort est assez délirant,  mais en même temps très efficace pour ridiculiser la petitesse de l’homme et de notre présent, se rapprochant enfin de l’univers de la science-fiction de Kurt Vonnegut.

Dans ses dessins on voit l’ambition d’une architecture monumentale et utopiste, tellement démesurée qu’elle peut toucher au comique. Cette architecture est, ou bien « sera » dédiée à une nouvelle foi dans le cosmos (le monument-trou noir pour Stephen Hawking), aux grandes religions (le monument impossible au Christ « vieux », le siège en forme de lune du centre mondial de l’Islam), et même aux grand personnages de la littérature (le visage d’ Hans Christian Andersen sculpté dans les Alpes).

L’homme du futur pourra visiter des nouveaux mondes, comme la planète-miroir, et habiter des villes extraordinaires (la civilisation des papyrus, la ville en forme de spirale). Il pourra enfin fabriquer des nuages, grâce à une technologie aliène ou aux progrès de la science.

Chaque dessin est accompagné d’un néon qui indique l’année (de la découverte, de l’inauguration, ou de la vision).

Un rap-techno, réalisé par l’artiste, est la bande son pour nous pousser dans ce voyage vers le futur.

La civilisation des Papyrus

La civilisation des Papyrus

L'expo de Pavel Pepperstein au Pavillon russe

L'expo de Pavel Pepperstein au Pavillon russe

Le siège du centre mondial de l'Islam

Le siège du centre mondial de l'Islam

Le monument-trou noir pour Stephen Hawking

Le monument-trou noir pour Stephen Hawking

L’art qui vient du froid : fantômes, fantasmes et fétiches du nord Europe (Biennale di Venezia 2009)

Monday, June 8th, 2009
écrivain et collecteur d’art homosexuel mort mystérieusement

écrivain et collecteur d’art homosexuel mort mystérieusement

Les pays du nord Europe réunissent le mieux de leurs artistes pour habiter deux « maisons » dans les jardins de la Biennale. Mais ces pavillons-maisons ne sont plus vraiment habités.

En effet, dans une petite piscine flotte le cadavre d’un homme. C’était le propriétaire d’une de ces maisons. Un écrivain et collecteur d’art homosexuel qui est mort mystérieusement avant de terminer son dernier roman, son autobiographie d’auteur érotique. A l’intérieur de l’appartement nous retrouvons son bureau avec sa machine à écrire et des notes pour son roman. Ensuite nous pouvons reconstruire ses passions, comme par exemple sa collection de culottes de jeunes hommes. Et les mannequins qui trainent dans l’appart sont peut être ses derniers amants, ses assassins, ou ses muses ?

La deuxième maison était habitée par un couple en crise. Le panneau « For Sale », devant le pavillon, nous invite à faire un tour dans l’appart en vente. Un escalier cassé, une table coupé en deux, une porte qui claque très fort, une collection de cartons utilisés par des clochards pour demander la manche, une collection d’insectes, un miroir sur lequel nous pouvons lire le message d’adieu « I will never see you again »… Un texte encadré résume la triste réalité de cette couple à la dérive : « Home is the place you left » (« Ta maison c’est ce que tu as abandonné »).

Les curateurs Elmgreen & Dragset sont les responsables de cette minutieuse mise en scène, où l’espace de l’exposition est en parfaite symbiose avec les œuvres exposées.

"Desk job", oeuvre de Simon Fujiwara

"Desk job", oeuvre de Simon Fujiwara

"Butterflies", oeuvre de Han & Him

"Butterflies", oeuvre de Han & Him

Elmgreen & Dragset

Elmgreen & Dragset

"Anything helps", oeuvre de Jani Leinonen

"Anything helps", oeuvre de Jani Leinonen

"Anything helps", oeuvre de Jani Leinonen

"Anything helps", oeuvre de Jani Leinonen

http://www.danish-nordic-pavilions.com/

Les artistes exposés :

Thora Dolven Balke, Massimo Bartolini, Hernan Bas, Guillaume Bijl, Maurizio Cattelan, Elmgreen & Dragset, Pepe Espaliú, Tom of Finland, Simon Fujiwara, Han & Him, Laura Horelli, Martin Jacobson, William E. Jones, Terence Koh, Jani Leinonen, Klara Lidén, Jonathan Monk, Nico Muhly, Norway Says, Henrik Olesen, Nina Saunders, Vibeke Slyngstad, Sturtevant, Wolfgang Tillmans.