Archive for the ‘Cinema’ Category

Absolut Spike Jones

Friday, January 22nd, 2010

Spike Jones, maitre du clip musical et réalisateur de films assez barrés tels que Dans la Peau de John Malkovich et Where the Wild Things Are, s’est donné pour la vodka Absolut : il a eu carte blanche et a réalisé un film de 30 minutes qui raconte l’histoire d’amour entre deux robots à Los Angeles. Spike Jones se montre plein de gratitude pour le marketing de Absolut pour la liberté qu’il a eu pour travailler et sortir le mieux de sa créativité. Absolut n’a eu qu’a rajouter un accroche pour transformer le film en formidable outil de promotion : “a love story in an Absolut world”. La première de “I’m Here” (c’est le titre du film) sera au festival de Sundance; en suite il passera au festival de Berlin. Etc etc, pour le plaisir de la marque. Et pour le notre, aussi.

“I’m here”

"I'm here", de Spike Jones, pour Absolut

"I'm here", de Spike Jones, pour Absolut

www.imheremovie.com

http://blog.imheremovie.com/

http://press.absolut.com

“The Box” – La boite de Richard Kelly ouverte, sans gâcher la surprise

Wednesday, October 14th, 2009
The Box, avec son joli bouton rouge, idéale comme cadeau de Noêl

The Box, avec son joli bouton rouge, idéale comme cadeau de Noêl

Richard Kelly présente The Box, cinéma UGC Les Halles, Paris

Richard Kelly, réalisateur de Donnie Darko, vient de présenter son troisième film au cinéma UGC Les Halles, à Paris. Pas plus qu’une petite salutation obligée : un peu émotionné, le jeune réalisateur (classe 1975), mentionne la nouvelle “Button, button” de Richard Matheson, point de départ pour un film qui, dans ses mot, deviens “son film le plus personnel” et dans lequel il déclare d’avoir investi son propre argent.

Richard Matheson, auteur de science fiction assez connu pour son roman “I am legend”, adapté trois fois au cinéma (Last man on earth, Omega Man, I am legend), a collaboré aux scripts d’un certain nombre d’épisodes de “La Quatrième Dimension”. Dans le cadre de la reprise de la célèbre série dans les années 80, la nouvelle “Button, button” avait en fait déjà été mise en scène. Une des caractéristiques des épisodes de la série était de terminer avec une étonnante révélation; très souvent, il s’agissait d’une fin “ouverte”, qui préfère poser une nouvelle question, plutôt que nous offrir toutes les réponses. C’était au spectateur d’imaginer, s’il en avait envie, la suite.

Dans le film “The Box”, Richard Kelly semble relever le défi et essayer de continuer l’histoire de la boite mystérieuse. L’exercice est intéressant, les nouveau thèmes qu’il introduit dans les scénario sont pleins d’implications, c’est de la science fiction philosophique, celle qui parle de la nature humaine, du libre arbitre, du sens de la vie, mais le défi était probablement perdant dès le départ, comme la nouvelle de Matheson et l’épisode de “La Quatrième Dimension” trouvaient leur force dans la structure parfaitement cyclique et dans le final “ouvert”.

Méfiez vous de la bande d’annonce “à l’américaine” (ne la regardez pas), qui nous donne la mauvaise impression d’un mauvais film d’action : The Box est un film posé, réfléchi, cultivé, appartenant au genre de la science fiction minimaliste comme Pi, Memento et Donnie Darko. Même s’il n’arrive pas à ces niveaux, il a quand même le même gout, et c’est un gout précieux et quand même assez rare.

Le délire est garanti au festival de cinéma de Vancouver

Sunday, October 11th, 2009

Le trois spots pour la promotion du Vancouver International Film Festival parodient les clichés des types de films d’auteur et indépendants qui passent dans les festivals. Ceux qui ont l’habitude de fréquenter les festivals, comme moi, ne manqueront pas d’apprécier le clin d’œil; les autres trouveront tous leurs préjugés confirmés : sexualités anodines, fétichisme gratuit, symbolismes indéchiffrables, et bien sûr sous-titrages malfaits des films asiatiques.

“An open mind is advised” [Les esprits libres sont avertis]

"An open mind is advised"

"An open mind is advised"

Agence : TBWA Vancouver

Source : AdFreak

Logorama : l’homme Michelin contre Ronald McDonald dans le monde des logos

Thursday, September 24th, 2009
Logorama, dans le monde des logos

Logorama, dans le monde des logos

La galerie Anatome (Paris onzième arrondissement), dédiée aux arts graphiques, a fêté samedi dernier les dix ans d’activité. Dans le cadre de l’événement j’ai eu l’occasion de voir le court-métrage d’animation Logorama (déjà présenté à la Semaine de la Critique au festival du cinéma de Cannes), réalisé par le collectif H5.

On sait, les logos polluent notre monde, mais on les aimes. On a tellement des logos qu’H5 a pu bâtir et remplir une ville, voir un monde entier : Logorama est le monde des logos, où tout est logo. Par exemple une balade au zoo c’est l’occasion pour rencontrer le célèbre lion de MGM et les crocodiles de Lacoste. Le très musclé Mr Propre manifeste sa vrai attitude gay, le clown Ronald McDonald révèle son âme criminelle et l’homme Michelin est le véritable héros qui doit l’arrêter. A peu près deux mille logos sont visibles dans ce jolie court-métrages, dans lequel le design très poussé n’empêche pas le déroulement d’une histoire riche d’action et le développement de la psychologie des personnages.

La galerie Anatome a posé trois questions aux 31 graphistes exposés :

  • “Dans la société dans laquelle vous vivez, quel est l’état du graphisme ?”
  • “Quel doit être le rôle du graphisme ?”
  • “Comment transmettre le graphisme ?”

J’ai bien aimé les réponses de Raùl, un graphiste espagnol :

  • “Dans la société dans laquelle, quel est l’état du graphisme ?”

“La nouveauté est en vente et le talent est à louer”

  • “Quel doit être le rôle du graphisme ?”

“Soigner la presbytie”

  • “Comment transmettre le graphisme ?”

“En signalant”

Logorama, de H5

Site officiel : http://www.logorama-themovie.com/

Galérie Anatome : http://www.galerie-anatome.com/site.php?lang=fr

L’argent fait des folies

Saturday, June 13th, 2009

Bontrust Finance, agence de conseils financières allemandes, investi dans une pub virale assez osée, surtout pour le secteur financier.

L’agence alllemande GRABARZ + PARTNER, avec le studio Optix Digital Pictures, imaginent un monde de rêve tout fait avec des origamis (numériques) de billets de banque.

L’environnement est idéale pour la romance entre le billet de 5 dollars (le bon vieux Abe Lincoln) et une jeune Reine Elisabette II. Les clichés de la rencontre amoureuse, comme le pique-nique dans le parc et les montagnes russes, laissent soudainement la place à une aventure érotique très explicite. Plusieures position du kamasutra sont explorées, avec une passion sauvage assez surprenante pour deux billets de banque, même si on sait bien que “sex and money” c’est un binôme très complice.

Morale : le fruit de la passion sont quatre petits billets, symbole d’un capital augmenté grâce à la fornication de l’argent. Donc si nous voulons nous enrichir il faut laisser notre argent aux banquiers de Bontrust Finance, et qu’il soit une banque ou un bordel peut importe. Ce qui compte est la procréation monétaire. A la fin de la vidéo, le regard de la jeune mère rencontre celui d’un fier Mao… pourquoi pas une nouvelle aventure chinoise ?

L’euphorie capitaliste de cette vidéo s’accompagne bien au ton des banquiers et des consultants interviewés dans le docu Let’s make money (de Erwin Wagenhofer, réalisateur de  We feed the world). Ces effrayantes personnages, souvent installés en Asie ou dans des paradis fiscaux, n’ont pas honte de déclarer qu’il faut “faire travailler l’argent” à tout prix, et que les investisseurs ne sont pas responsables moralement de ce qu’ils feront avec l’argent qui leur est confié. Le seul objectif pour tous est la maximisation des profits. Si les investisseurs ne sont pas responsables, les banquiers ne sont pas responsables (c’est leur devoir d’augmenter le capital de l’investisseur), qui est responsable alors ?

L'argent amoureux

L'argent amoureux

Kamasutra des billets de banque

Kamasutra des billets de banque

Les chats persans : Indi-rock à Téhéran (Kasi az gorbehaye irani khabar nadareh, de Bahman Ghobadi)

Sunday, May 31st, 2009
Les Chats Persans

Les Chats Persans

La scène musicale underground est toujours très dure, mais si en plus vous êtes dans l’Iran de nos jours, où le Corain est loi et il règle tout aspect de votre vie, y compris la musique, ça devient un vrai cauchemar.

Heureusement que les jeunes protagonistes de ce film y ont fait l’habitude, et prennent les choses avec un humour persan et un bon sens de l’autodérision. Au final, il faut juste savoir comment s’en sortir : au marché noir on peut bien acheter des passeports ou des visas. Le prix est mis à jour en fonction des guerres en cours et du prix du pétrole. C’est vrai qu’un passeport Iranien c’est assez chier, qu’un passeport américain vaux coutera une fortune, surtout si vous voulez aussi la « green card » qui va avec, mais enfin pour un passeport afghan vous vous en sortirez avec très peu de sou.

Si on connait un cousin au ministère islamique on peut même avoir une autorisation pour jouer. Il faut accepter quelque compromis bien sûr, et savoir qu’une femme qui chante ne passera jamais, mais avec un groupe de trois choristes vous aurez beaucoup plus de chances.

Mieux peut être d’abandonner les textes détriments que vous avez écrit pendant votre dernier séjour en prison, où vous avez passé quelque moi à cause du concert clandestin auquel vous avez participé. Sinon des amis peuvent vous empêtrer une grande salle souterraine insonorisée : ça suffira d’entrer à petit groupes pour que les voisins n’appellent pas la police.

Le son des sirènes, bruitage neutre, voir rassurant, dans le cinéma américain, devient ici le rappel constant d’un état de menace, le risque d’être arrêté pour pas grand-chose si la milice islamique veut vous faire chier. Et il faut vraiment pas grand-chose pour qu’elle puisse vous faire chier, par exemple si vous vous baladez avec un petit chien « impur ».

Si vous êtes arrêtés pour possession de mille-huit-cent films piratés et une bouteille d’alcool, ce n’est pas la Hadopi en Iran, c’est quinze coups de fouet et plusieurs millions d’amende, pas pour le piratage mais pour l’impureté des films occidentaux. Par contre, si vous pleurez, suppliez, demandez pardon, avec vos meilleures larmes de crocodile, jurez sur le Coran, ah non, vaux mieux sur la tête de votre mère, que vous êtes un bon musulman, alors vous pourrez vous en sortir avec une petite amende.

Voilà comment la démarche de faire de l’indi-rock à Téhéran devient une vraie aventure, mais si vous pensez qu’il n’y a pas de musique indépendante en Iran vous vous trompez : ça suffit de consulter les statistiques de la censure et les listes de demandes d’autorisation refusés pour s’en rendre compte.

La tentative de monter un groupe, enregistrer un album et organiser un premier/dernier concert avant d’expatrier pour le bon, nous donne l’occasion de rencontrer plusieurs musiciens de Téhéran et de voir les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien : les métallos qui jouent parmi les vaches d’une ferme, les post-rockers qui doivent attendre que le voisin parte pour répéter, le rappeur qui explique qu’il doit rester au coeur de ce pays islamique pour qu’il puisse chanter la haine et la désespérassions de ces concitoyens… d’autres ont nettoyé leurs textes de tout message politique en espérant avoir enfin une « autorisation ».

Bien photographié, cette odyssée dans la Téhéran underground mérite bien une vision. Même si quand la musique commence on assiste à des petites scènes de montage d’une qualité très moyenne, on aura néanmoins l’occasion d’y apercevoir une multitude d’images de la ville et ses habitants.

Voyez comment c’est difficile de faire de la musique en Iran, et imaginez alors ce qu’a dû être le tournage de ce film : il faut bien les encourager enfin !

Voilà le myspace du groupe indi-rock des deux jeunes protagonistes Take it easy hospital (enfin ils ont émigré à Londre):

http://www.myspace.com/takeiteasyhospital


Looking for Ken Loach (Looking for Eric, de Ken Loach)

Wednesday, May 27th, 2009
Le football ne peut pas remplacer la politique

Le football ne peut pas remplacer la politique

Si vous cherchez le Ken Loach politiquement agressif, révolutionnaire, analyste et critique de la société, vous ne le trouverez pas dans ce film. Mais si vous cherchez un réalisateur qui sait bien faire travailler son expérience pour donner au récit un rythme impeccable, diriger des acteurs aux visages et aux manières si réalistes qu’ils semblent sortis du « pub » au coin, alors ce dernier Ken Loach va vous plaire.

Comme Humphrey Bogart revient sur terre pour apprendre à Woody Allen les bases de la psychologie féminine (« Play it again Sam », 1972), le footballer culte Eric Cantona coache un postier en dépression pour lui donner confiance et lui permettre de résoudre ses problèmes avec l’ex-femme et ses enfants…

Le personnage de Cantona abuse de proverbes (une blague un peu facile qui se répète un peu trop souvent) mais ne manque pas d’une touche d’ironie qui, ce qui est quand même assez appréciable.

Le meilleur conseil qu’il donne au postier est de faire confiance à ses amis, une bande de prolos abrutis mais très drôles, fidèles à la religion du football et assidues du “pub” qui est leur église.

La seule nouveauté du film, par rapport à la généreuse carrière de Ken Loach, est son abdication par rapport à ses propos les plus didascaliques et son engagement le plus sévère, mais qui en même temps perds le mordant et la raison d’être.

De Ken Loach il ne reste que son humour et son ironie, pour un film drôle, rythmé, émouvant, encrée dans le présent (pas mal la mention à « youtube »), et qui reste donc sur le ton du pur entertainment, mais le football ne peut par remplacer la politique : un film si léger qu’on va l’oublier rapidement. Play it again Ken !

Le football est roi ! Un très bon affiche réalisé par lillustrateur Tonton Jopp

Le football est roi ! Un très bon affiche réalisé par l'illustrateur Tonton Jopp

Perversions cachées au village (Das Weisse Band / Le ruban blanc, de Michael Haneke)

Monday, May 25th, 2009
Le Ruban Blanc - de Michael Haneke

Le Ruban Blanc - de Michael Haneke

Noir et blanc numérique d’une élégance glaciale, aucune musique d’accompagnement (dans la tradition d’Haneke), un vieux narrateur qui déclare de ne pas être certain de ce qu’il raconte, deux heures et vingt pour ce voyage dans les mystères d’une communauté protestante à la Spoon River.

La forte présence de la religion (de l’hypocrisie), le pouvoir des figures autoritaires, un médecin, un baron, un pasteur, et tous les pères, n’arrivent pas à imposer l’ordre qu’eux-même ne respectent qu’en surface, ou dont ils abusent avec violence, psychologique et physique.

D’un côté nous avons les prodromes de la première guerre mondiale, qui fera exploser les tensions souterraines des pays d’Europe, de l’autre côté nous avons une version en maquette de ces manoeuvres dé-stabilisantes, ces pressions cachés, dans le village que nos personnages habitent.

Ce qui est caché exerce toujours une force sur la surface, on voit bien cette force agir sur les personnages, perturber l’ordre, et se manifester dans des éclats de violence (toujours cachée, dans le style d’Haneke).

La culpabilité et la perversion ne sont qu’un produit social ; voilà une société qui a donc tout à fait l’intérêt à garder le secret sur ses responsabilités, et qui par conséquent préfère toujours le gossip à l’enquête, cacher l’horreur plutôt que faire face aux contradictions du système et regarder dans les yeux le fruit malade de la société.

Une Palme d’Or très méritée pour un film qui s’impose comme un classique, une oeuvre solide, avec un style mesuré, une perfection tout à fait diabolique, une parfaite correspondance entre la forme et le contenu. Fidèle à ses propos et à son style, Haneke arrive à s’innover et à se dépasser encore. Un peu dur au début, le film prend le temps qu’il faut pour gagner l’attention, la confiance et enfin l’adoration fiévreuse du spectateur : ses efforts sont enfin bien récompensés, comme d’habitude dans le grand cinéma d’Haneke.

Châtiment plus châtiment à la court du terrible Tzar (Tzar, de Pavel Lounguine)

Monday, May 25th, 2009
Tzar, de Pavel Lounguine

Tzar, de Pavel Langouine

Cette pellicule russe est une longue et argumentée réfection autour du principe que « tout pouvoir vient de Dieu ». Par conséquence le Tzar Ivan IV Vassiliévitch (mieux connu comme « le terrible »), représentant suprême du pouvoir, est bien convaincu que tous ses actes sont justifié par Dieu et qu’il n’y a aucun péché plus grand que les attentats à son pouvoir, puisque il vient de Dieu.

Le contraste entre le Tzar et l’archevêque Philippe, représentant le pouvoir religieux et une foi authentique, tandis que le Tzar semble toujours en mauvaise fois ou animé d’une foi pervertie par le principe dont j’ai parlé, évolue en suivant un crescendo de folie, qui nous offre quelque bonne scène sanglante, comme le combat entre un ours et un traitre présumé.

Des décors et des costumes extraordinaires (la scène de l’habillage du Tzar, qui nous montre la transformation d’un petit homme à l’air misérable en suprême régnant, est tout à fait remarquable) bâtissent un cadre spectaculaire dans la tradition du grand film historique.

Même si on n’y trouve pas les scènes de masse typiques du genre, au moins on ne cède pas à la tentation des foules numériques et des décors digitaux, qui représente, dans le cinéma spectaculaire contemporain, un substitut très moyen.

Dans ce morceau d’histoire russe à l’ampleur universel, le rapport ambigu entre pouvoir politique et religieux trouve une digne mise en scène.

A travers le mirroir : Gillianland (The imaginarium of Doctor Parnassus, de Terry Gilliam)

Sunday, May 24th, 2009
Heath Ledger revient à la vie dans le nouveau film de Terry Gilliam

Heath Ledger revient à la vie dans le nouveau film de Terry Gilliam

Terry Gilliam, rêveur de profession, après la défaite catastrophique de son “Baron de Munchausen” et la ruine de son “Don Quichotte” (qui n’a jamais été réalisé mais dont il reste un témoignage dans le docu “Lost in La Mancha“) doit faire face, encore une fois, à la malchance : au cours du tournage de l’ “Imaginarium du Docteur Parnassus” (l’histoire d’un autre rêveur pathétique, comme Munchausen et Quichotte), la star du film, Heath Ledger, meurt à l’age de 29 ans. Le film est complété grâce à l’aide de trois amis : Johnny Depp, Colin Farrell et Jude Law, qui prêtent leurs visages et leurs corps pour les scènes que Heath Ledger n’a pas pu tourner. Terry Gilliam remerciera les amis à la fin du film, avec un touchant panneau : “from Heath Ledger and Friends“.

Ce qui est extraordinaire est que le sens du film n’est pas endommagé par ce rôle collectif, au contraire l’escamotage est parfaitement inséré dans l’histoire et l’enrichisse d’un ultérieur élément.

Cette oeuvre fantasmagorique, qui parle d’une caravane d’artistes qui offrent un spectacle tout à fait magique, auquel on accède en traversant un miroir, joue beaucoup avec le concept du miroir, et devient enfin un miroir magique en réfléchissant la mort de Heath Ledger : on retrouve son personnage mort, au débout du film, pendu sur un pont. Le docteur Parnassus nous conseille de ne pas pêcher les morts comme ça… mais le personnage revient à la vie et rejoint la caravane. Et grâce à ce film Heath Ledger revient à la vie… Comme Rudolph Valentino et d’autres sex symbols de l’histoire du cinéma, dont on voit le portrait dans une scène de ce film, il est mort, mais en même temps il est devenu immortel.

Pour ce récit, qui met en place un jeu pervers entre le diable (un magnifique Tom Waits) et le millénaire Docteur Parnassus (Christopher Plummer), défis entre l’immagination “cheap”, stérile, d’une console playstation, la vieille mère d’un groupe de mafieux russes, ou le motel où une vieille dame voudrait emmener Heath Ledger, et l’immagination riche, baroque et sans freins de Parnassus, on retrouve enfin un Terry Gilliam en pleine forme, nageant dans un univers d’effet spéciaux numériques qui par leur fraîcheur et naïveté sont plus proches aux vieilles pellicules de George Méliès qu’aux standards de Hollywood.

Une séance en format numérique au Festival de Cannes a mis en valeur les milles lumières du film et la brillance des couleurs. Vous aurez l’impression de traverser le miroir pour rejoindre Gillianland, avec Heath Ledger et ses amis.