
Les Chats Persans
La scène musicale underground est toujours très dure, mais si en plus vous êtes dans l’Iran de nos jours, où le Corain est loi et il règle tout aspect de votre vie, y compris la musique, ça devient un vrai cauchemar.
Heureusement que les jeunes protagonistes de ce film y ont fait l’habitude, et prennent les choses avec un humour persan et un bon sens de l’autodérision. Au final, il faut juste savoir comment s’en sortir : au marché noir on peut bien acheter des passeports ou des visas. Le prix est mis à jour en fonction des guerres en cours et du prix du pétrole. C’est vrai qu’un passeport Iranien c’est assez chier, qu’un passeport américain vaux coutera une fortune, surtout si vous voulez aussi la « green card » qui va avec, mais enfin pour un passeport afghan vous vous en sortirez avec très peu de sou.
Si on connait un cousin au ministère islamique on peut même avoir une autorisation pour jouer. Il faut accepter quelque compromis bien sûr, et savoir qu’une femme qui chante ne passera jamais, mais avec un groupe de trois choristes vous aurez beaucoup plus de chances.
Mieux peut être d’abandonner les textes détriments que vous avez écrit pendant votre dernier séjour en prison, où vous avez passé quelque moi à cause du concert clandestin auquel vous avez participé. Sinon des amis peuvent vous empêtrer une grande salle souterraine insonorisée : ça suffira d’entrer à petit groupes pour que les voisins n’appellent pas la police.
Le son des sirènes, bruitage neutre, voir rassurant, dans le cinéma américain, devient ici le rappel constant d’un état de menace, le risque d’être arrêté pour pas grand-chose si la milice islamique veut vous faire chier. Et il faut vraiment pas grand-chose pour qu’elle puisse vous faire chier, par exemple si vous vous baladez avec un petit chien « impur ».
Si vous êtes arrêtés pour possession de mille-huit-cent films piratés et une bouteille d’alcool, ce n’est pas la Hadopi en Iran, c’est quinze coups de fouet et plusieurs millions d’amende, pas pour le piratage mais pour l’impureté des films occidentaux. Par contre, si vous pleurez, suppliez, demandez pardon, avec vos meilleures larmes de crocodile, jurez sur le Coran, ah non, vaux mieux sur la tête de votre mère, que vous êtes un bon musulman, alors vous pourrez vous en sortir avec une petite amende.
Voilà comment la démarche de faire de l’indi-rock à Téhéran devient une vraie aventure, mais si vous pensez qu’il n’y a pas de musique indépendante en Iran vous vous trompez : ça suffit de consulter les statistiques de la censure et les listes de demandes d’autorisation refusés pour s’en rendre compte.
La tentative de monter un groupe, enregistrer un album et organiser un premier/dernier concert avant d’expatrier pour le bon, nous donne l’occasion de rencontrer plusieurs musiciens de Téhéran et de voir les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien : les métallos qui jouent parmi les vaches d’une ferme, les post-rockers qui doivent attendre que le voisin parte pour répéter, le rappeur qui explique qu’il doit rester au coeur de ce pays islamique pour qu’il puisse chanter la haine et la désespérassions de ces concitoyens… d’autres ont nettoyé leurs textes de tout message politique en espérant avoir enfin une « autorisation ».
Bien photographié, cette odyssée dans la Téhéran underground mérite bien une vision. Même si quand la musique commence on assiste à des petites scènes de montage d’une qualité très moyenne, on aura néanmoins l’occasion d’y apercevoir une multitude d’images de la ville et ses habitants.
Voyez comment c’est difficile de faire de la musique en Iran, et imaginez alors ce qu’a dû être le tournage de ce film : il faut bien les encourager enfin !
Voilà le myspace du groupe indi-rock des deux jeunes protagonistes Take it easy hospital (enfin ils ont émigré à Londre):
http://www.myspace.com/takeiteasyhospital