Terry Gilliam, rêveur de profession, après la défaite catastrophique de son “Baron de Munchausen” et la ruine de son “Don Quichotte” (qui n’a jamais été réalisé mais dont il reste un témoignage dans le docu “Lost in La Mancha“) doit faire face, encore une fois, à la malchance : au cours du tournage de l’ “Imaginarium du Docteur Parnassus” (l’histoire d’un autre rêveur pathétique, comme Munchausen et Quichotte), la star du film, Heath Ledger, meurt à l’age de 29 ans. Le film est complété grâce à l’aide de trois amis : Johnny Depp, Colin Farrell et Jude Law, qui prêtent leurs visages et leurs corps pour les scènes que Heath Ledger n’a pas pu tourner. Terry Gilliam remerciera les amis à la fin du film, avec un touchant panneau : “from Heath Ledger and Friends“.
Ce qui est extraordinaire est que le sens du film n’est pas endommagé par ce rôle collectif, au contraire l’escamotage est parfaitement inséré dans l’histoire et l’enrichisse d’un ultérieur élément.
Cette oeuvre fantasmagorique, qui parle d’une caravane d’artistes qui offrent un spectacle tout à fait magique, auquel on accède en traversant un miroir, joue beaucoup avec le concept du miroir, et devient enfin un miroir magique en réfléchissant la mort de Heath Ledger : on retrouve son personnage mort, au débout du film, pendu sur un pont. Le docteur Parnassus nous conseille de ne pas pêcher les morts comme ça… mais le personnage revient à la vie et rejoint la caravane. Et grâce à ce film Heath Ledger revient à la vie… Comme Rudolph Valentino et d’autres sex symbols de l’histoire du cinéma, dont on voit le portrait dans une scène de ce film, il est mort, mais en même temps il est devenu immortel.
Pour ce récit, qui met en place un jeu pervers entre le diable (un magnifique Tom Waits) et le millénaire Docteur Parnassus (Christopher Plummer), défis entre l’immagination “cheap”, stérile, d’une console playstation, la vieille mère d’un groupe de mafieux russes, ou le motel où une vieille dame voudrait emmener Heath Ledger, et l’immagination riche, baroque et sans freins de Parnassus, on retrouve enfin un Terry Gilliam en pleine forme, nageant dans un univers d’effet spéciaux numériques qui par leur fraîcheur et naïveté sont plus proches aux vieilles pellicules de George Méliès qu’aux standards de Hollywood.
Une séance en format numérique au Festival de Cannes a mis en valeur les milles lumières du film et la brillance des couleurs. Vous aurez l’impression de traverser le miroir pour rejoindre Gillianland, avec Heath Ledger et ses amis.
